Dans le cadre du projet Urbasan, nous partons d’un principe simple : notre environnement influence profondément notre santé. Lorsque l’on parle de santé, on pense souvent à l’alimentation ou à l’activité physique. Pourtant, plusieurs dimensions essentielles méritent une attention conjointe : la santé mentale, la santé cognitive, la santé physique et la santé sociale.
La santé mentale ne se résume pas à l’absence de trouble psychologique. Elle correspond à notre équilibre émotionnel et psychique au quotidien. Elle englobe notre capacité à gérer le stress (mesuré notamment par le questionnaire PSS-14 [Perceived Stress Scale en 14 items]), à réguler nos émotions, à maintenir des relations harmonieuses, à faire face aux difficultés et à nous sentir globalement bien dans notre vie. Les symptômes dépressifs peuvent être évalués par le questionnaire PHQ-9 [Patient Health Questionnaire en 9 items], tandis que l’anxiété est mesurée par le questionnaire GAD-7 [General Anxiety Disorder en 7 items].
Le sommeil en fait pleinement partie. Un sommeil de qualité est un pilier fondamental de la santé mentale : il permet au cerveau de récupérer, de stabiliser les émotions et de consolider les apprentissages. À l’inverse, un sommeil perturbé fragilise l’humeur, augmente l’irritabilité, réduit la tolérance au stress et peut accentuer l’anxiété ou les symptômes dépressifs. Dans Urbasan, la qualité du sommeil est évaluée par le PSQI (Pittsburgh Sleep Quality Index), la sévérité de l’insomnie par l’ISI (Insomnia Severity Index), et la somnolence diurne par l’ESS (Epworth Sleepiness Scale).
La santé cognitive, quant à elle, concerne le fonctionnement de nos capacités mentales. Elle regroupe la mémoire, l’attention, la concentration, la rapidité de traitement de l’information et la capacité à prendre des décisions. On peut la comparer au “moteur opérationnel” de notre cerveau. Si la santé mentale est notre stabilité émotionnelle, la santé cognitive correspond à l’efficacité de nos fonctions mentales. Les difficultés cognitives subjectives, comme les troubles de mémoire ou de concentration peuvent être évaluées à l’aide du QPC (Questionnaire de Plaine Cognitive).
La santé physique constitue également un pilier fondamental du projet. Elle ne se limite pas à l’absence de maladie, mais inclut le niveau d’activité physique au quotidien, fortement influencé par l’environnement urbain (marchabilité, accès aux espaces verts, infrastructures). Dans Urbasan, l’activité physique est mesurée à l’aide de l’IPAQ (International Physical Activity Questionnaire), qui permet d’estimer le niveau d’activité hebdomadaire et d’identifier les comportements sédentaires. Un environnement favorable peut encourager le mouvement ; un environnement contraignant peut, au contraire, favoriser l’inactivité.
Enfin, la santé sociale joue un rôle déterminant dans le bien-être global. Le sentiment d’appartenance, la qualité des relations de voisinage, la perception de sécurité ou encore la cohésion sociale influencent directement la santé mentale et la qualité de vie. Ces dimensions sont explorées dans Urbasan à travers le questionnaire “Mon Quartier”, qui évalue la perception du cadre de vie, des interactions sociales et du tissu communautaire.
Or toutes ces dimensions sont interconnectées. Un environnement bruyant peut altérer le sommeil ; un quartier peu sécurisé peut augmenter le stress ; un manque d’espaces publics peut réduire l’activité physique et limiter les interactions sociales. Ces effets combinés influencent à la fois la santé mentale, cognitive, physique et sociale.
Pour comprendre ces mécanismes, il ne suffit pas de se fier à des impressions.
C’est ici qu’interviennent les questionnaires psychométriques.
Un questionnaire psychométrique est un outil scientifique conçu pour mesurer de manière structurée des phénomènes parfois invisibles comme la dépression (PHQ-9), l’anxiété (GAD-7), le stress perçu (PSS-14), la qualité du sommeil (PSQI), l’insomnie (ISI), la somnolence (ESS), les plaintes cognitives (QPC), la qualité de vie (SF-12) ou encore le niveau d’activité physique (IPAQ). Plutôt que de poser une seule question générale, ces outils utilisent plusieurs items ciblés afin de capter différentes facettes d’un même phénomène. Cela permet de réduire les biais, d’augmenter la précision et de comparer les résultats entre individus ou dans le temps.
Autrement dit, ces questionnaires transforment des ressentis en données exploitables. Ils permettent d’objectiver ce qui est souvent invisible : une fatigue persistante, une vigilance diminuée, un stress latent, un sommeil fragmenté, une baisse d’activité physique ou un sentiment d’isolement. Dans un projet comme Urbasan, ils sont essentiels pour passer de l’intuition à l’évidence scientifique. Ils permettent de mesurer l’impact réel d’un environnement sur la santé mentale, cognitive, physique et sociale, d’évaluer l’efficacité d’un aménagement, et d’orienter des décisions fondées sur des données concrètes.
Comprendre, mesurer et objectiver ces dimensions, c’est se donner les moyens d’agir de manière éclairée. La santé mentale (incluant le sommeil), la santé cognitive, la santé physique et la santé sociale ne sont pas des variables abstraites : elles conditionnent notre qualité de vie, notre performance quotidienne et notre équilibre global. Les prendre en compte, c’est replacer l’humain au centre des réflexions sur l’environnement et l’aménagement.
Philippe Voruz
Détails sur les scores des questionnaires
PHQ-9 – Dépression
Évalue la fréquence et la sévérité des symptômes dépressifs.
Seuil : 5 = léger, 10 = modéré, 15 = modérément sévère, 20+ = sévère.
GAD-7 – Anxiété
Mesure l’intensité des symptômes anxieux.
Seuil : 5 = léger, 10 = modéré, 15+ = sévère.
PSS-14 – Stress perçu
Apprécie la perception du stress vécu au cours du dernier mois.
Scores élevés (≥27) indiquent un stress important.
QPC – Plaintes cognitives
Mesure les difficultés de mémoire, attention et concentration rapportées par la personne.
Scores élevés suggèrent une gêne cognitive pouvant nécessiter une évaluation.
PSQI – Qualité du sommeil
Évalue la qualité et les troubles du sommeil.
Seuil : >5 = mauvaise qualité du sommeil.
ESS – Somnolence diurne
Mesure le niveau de somnolence durant la journée.
Seuil : ≥10 = somnolence excessive.
ISI – Insomnie
Évalue la sévérité de l’insomnie.
Seuil : 8–14 = légère, 15–21 = modérée, 22–28 = sévère.
SF-12 – Qualité de vie
Apprécie la qualité de vie liée à la santé physique et mentale.
Scores <40 indiquent une qualité de vie réduite.
En cas de détresse ou de score élevé
Si vous ressentez une détresse importante ou si vos résultats sont élevés, contactez votre médecin traitant. Vous pouvez également contacter le Dr Philippe Voruz, qui pourra vous orienter vers des unités spécialisées.
📧 Email : philippe.voruz@epfl.ch
📞 Téléphone : +41 21 693 09 87